• Marc Mercier

A poil - part 2

Cette fois-ci un texte de Thierry Smets de Bonneffe / Facebook ... incisif et tellement rafraîchissant sur ce sujet qui en "énerve" tant !!!


Question photographique importante : Est-ce que vous mangez des frites tous les jours ? Curieuse question, non ? Quel est le rapport avec la photographie ? Il y en a un et il est très simple …


Moi, je ne mange pas de frites tous les jours. Parfois, je mange de la viande, du poisson, des légumes … Un jour, j’ai envie de frites. Un autre jour, je préfère manger des pâtes. Ou alors du poulet. Et oui, je suis un être normalement constitué qui aime la variété et qui n’ingurgite pas tous les jours la même chose …


Oui, OK, me direz-vous, tout cela est fort intéressant … mais on ne voit toujours pas le rapport avec la photographie !


Le rapport est évident, à vrai dire. Il y a 1000 façons de faire de la photographie de nu, presque autant qu’il y a de repas possibles sur une journée … Vous ne mangez pas tous les jours la même chose : je n’ai pas non plus envie de faire tous les jours les mêmes photos de nu, de m’enfermer dans un style, de ne faire que tel ou tel type de photos.

La photographie de nu est un domaine très vaste, au même titre que la cuisine. On peut faire du nu caché, du nu artistique, de l’érotique et même de la pornographie. Il y a du nu « soft », à peine suggéré, et du nu plus « hard », très explicite, voire même volontairement provocateur. Et après ?


Un spaghetti à la sauce bolognaise, c’est bien ? C’est mal ? C’est mieux qu’un steak frites ? C’est meilleur ? Non, c’est juste autre chose, un autre plat. Et si, le lundi, je veux me faire un plat de pâtes, ce n’est pas pour autant que je n’apprécierai pas mon steak du mardi. Le steak ne sera pas meilleur que les pâtes ou inversement.


C’est exactement la même chose dans le domaine de la photographie de nu. Je vois souvent des photographes (ou des modèles) insister (trop) lourdement sur le fait qu’ils ne font que du nu artistique, comme si le nu artistique était acceptable tandis que le reste ne le serait pas ou le serait moins … Un peu comme si manger des pâtes serait plus acceptable que de bouffer des frites (bon, OK, j’avoue, les frites, ce n’est pas top pour la santé …).

C’est une grosse bêtise. Le nu artistique n’est pas meilleur que l’érotique ou le pornart. L’un n’est pas plus ou moins acceptable que l’autre. Faire du nu artistique, ce n’est pas une qualité, cela ne fait pas du photographe une personne plus respectable que celui qui, lui, fait de l’érotique ou, pire, du pornographique. C’est quoi cette manie de se glorifier de rester dans le soi-disant artistique, dans l’érotisme, comme si la pornographie serait en soi une tare, une perversité, une déviation de l’esprit ? Il y a une gradation dans l’art ? La photo de paysage, c’est très bien. Le nu artistique, c’est un peu moins bien mais ça passe. L’érotisme, c’est pas beaucoup bien. Le pornart, c’est houlala très très mal que tu vas pourrir dans les flammes de l’enfer. C’est ça, vraiment ?

Si le photographe ne fait que du nu artistique, c’est un vilain voyeur mais on va lui pardonner sa perversité. S’il fait de l’érotisme ou, gros pervers, s’il ose aller jusqu’à faire de la pornographie, il faudrait vraiment le lapider sur la place publique ? Vous croyez ? Si c’est ce que vous pensez, je ne peux rien pour vous … Vous êtes simplement enfermé(e) dans vos croyances, prisonnier(e) de vos limites, victime de vos conditionnements, de votre éducation, sans l’ouverture d’esprit nécessaire pour vous sortir de votre zone de confort et faire preuve d’un véritable sens critique ou artistique.

Lorsque vous commentez une photo un peu plus osée, un peu plus « provoc », une photo qui a une connotation sexuelle, ce n’est pas vraiment « l’œuvre » que vous critiquez ou appréciez : vous ne parlez que de vous, de vos goûts, de ce que vous pensez, de votre rapport à la nudité ou au sexe … et cela n’appartient qu’à vous. En d’autres termes, c’est votre problème, pas celui du photographe et/ou du modèle. La photo en tant que telle, elle n’est ni bien, ni mal. Ni belle, ni moche. C’est vous qui lui donnez votre propre interprétation en fonction de la personne que vous êtes … et vous n’êtes pas le seul ou la seule à avoir le sens du bon goût, du bien ou du mal.

On ne fait rien de mal quand on mange une assiette de pâtes plutôt qu’un paquet de frites mayo. On ne fait rien de mal non plus quand on fait de l’érotique, du pornart ou du nu artistique plutôt que de shooter le chat-chat à sa maman mais qu’il est mimi tout plein le minou. Si vous n’aimez pas les frites, vous irez dans un resto italien, tout simplement (sauf s’il est fermé à cause de la pandémie). Il ne vous viendrait pas à l’idée, sauf erreur, de publier sur Internet un commentaire désobligeant ou méprisant sur la friterie de votre quartier parce qu’il n’y a pas de pizza et que vous préférez manger du risotto, me semble-t-il … Alors pourquoi, si vous n’aimez pas le nu, si vous n’appréciez pas une photo plus érotique, une photo de charme, voire même une photo pornographique, perdez-vous votre temps à vous plaindre, à critiquer, à juger la personne qui a pris cette photo, personne dont vous n’avez peut-être pas les qualités, personne qui est peut-être infiniment plus respectable que vous en tant qu’être humain, simplement parce que, vous, vous n’aimez pas cela ? Vous préférez la photo animalière ? Très bien, tant mieux pour vous. Cela justifie-t-il pour autant que l’on affiche du mépris pour le photographe qui a pris cette photo de nu qui vous choque tant ? Est-il nécessaire de lui dire que vous n’aimez pas le nu ou, ce serait plus juste, que vous avez, vous, un problème avec la nudité, état on ne peut plus naturel, pourtant ?

Et si vous n’êtes pas à ce point coincé(e), qu’est-ce qui vous permet de croire que le nu artistique serait plus acceptable, plus admirable, plus politiquement correct, que la photo de cette femme qui adopte une pose plus provocante, plus aguichante ? Si l’on peut mettre le nu en valeur, pourquoi ne pourrait-on pas le faire avec la sensualité, le charme, l’érotisme ? Le sexe aussi, cela fait partie de la vie, sans lui, vous ne seriez même pas là pour lire ces lignes ou critiquer cette photo pourtant si condamnable à vos yeux … Une fois encore, si vous êtes choqué(e) par la vue d’un acte sexuel, par deux femmes qui s’embrassent, par une femme qui écarte ostensiblement ses jambes, par cette dame qui expose ses fesses à la vue de tous, ce n’est même pas vous qui parlez, qui jugez, qui appréciez ladite photo : vous ne faites finalement que reproduire ce que votre éducation vous pousse à croire … et, une fois encore, c’est votre problème, uniquement le vôtre, merci d’avoir l’humilité de croire que vous ne détenez pas le monopole de la Vérité et que celui ou celle qui ne pense pas comme vous serait moins bien que vous ne l’êtes … Cette personne a déjà, au moins, un esprit critique, une ouverture d’esprit que vous n’avez pas …

Bref, quand vous critiquez une photo parce que vous n’aimez pas le sujet, que vous la jugez trop provocante, trop « sexe », trop vulgaire … vous ne faites que parler de vous, pas de la photo que vous jugez utile de commenter, la morale pudibonde à deux balles n’a rien à voir avec l’art. En d’autres termes, laissez-moi manger mes frites si j’en ai envie et, surtout, n’hésitez pas à manger vos pâtes si tel est votre plat du jour, mais, s’il vous plaît, ne cherchez pas à m’imposer votre repas, à me dicter mes goûts, à me dire ce qui est bon et ce qui ne l’est pas à vos yeux, parce que vous allez prendre le pot de mayonnaise dans la figure (c’est une image, bien sûr, la mayo avec les pâtes, c’est même pas bon). Occupez-vous de ce qui a dans votre assiette. Quand vous allez au resto, vous prenez ce que bon vous semble. Si un plat ne vous plaît pas, vous n’allez évidemment pas le commander … mais vous n’allez pas non plus perdre votre temps à expliquer au serveur que vous n’aimez pas les chicons au gratin ou que vous ne digérez pas les asperges …